On parle souvent du ventre qui se referme, du sommeil qui manque, des nuits hachées et du baby blues. Mais il y a un sujet plus discret, souvent repoussé à plus tard, alors qu’il change vraiment le quotidien après un accouchement : la rééducation du périnée.
Si vous venez d’accoucher, si vous avez encore quelques semaines de post-partum devant vous, ou si vous ne savez pas très bien à quoi servent les séances prescrites, cet article est pour vous. Le périnée n’est pas un “détail” à traiter plus tard. C’est un groupe de muscles qui soutient des organes essentiels, aide à retrouver du confort et joue un rôle important dans la vie intime, le sport et même dans certaines petites fuites du quotidien.
Bonne nouvelle : la rééducation n’est pas compliquée à comprendre. Il suffit de savoir quand la commencer, à quoi elle sert et comment se passent les séances. Et surtout, de ne pas attendre que les gênes s’installent pour s’en occuper.
Le périnée, c’est quoi exactement ?
Le périnée est un ensemble de muscles situés en bas du bassin. On peut l’imaginer comme un hamac musculaire qui soutient la vessie, l’utérus et le rectum. Pendant la grossesse, il supporte déjà beaucoup de pression. Pendant l’accouchement, il est encore plus sollicité, parfois étiré, parfois fragilisé.
Quand il est en forme, on n’y pense pas. Quand il est affaibli, les signes peuvent être très concrets :
- petites fuites urinaires quand on éternue, tousse ou saute ;
- sensation de lourdeur dans le bas-ventre ;
- difficulté à retenir un gaz ;
- douleurs ou gêne pendant les rapports ;
- impression que “tout pousse vers le bas”.
Ce n’est pas “dans votre tête” et ce n’est pas rare. Après une grossesse ou un accouchement, beaucoup de femmes ont besoin d’un vrai accompagnement pour retrouver des sensations normales et éviter que les petits soucis s’installent.
Pourquoi la rééducation du périnée est-elle importante après l’accouchement ?
Après une naissance, le corps a besoin de temps. Le périnée aussi. La rééducation sert à l’aider à retrouver de la tonicité, de la coordination et de la résistance. En clair : à bien se contracter, mais aussi à se relâcher au bon moment. Oui, le relâchement compte autant que le tonus.
Son intérêt est très concret :
- réduire le risque de fuites urinaires ;
- limiter la sensation de pesanteur pelvienne ;
- améliorer le confort au quotidien ;
- préparer la reprise du sport ;
- retrouver plus sereinement une vie intime confortable ;
- prévenir certaines complications à long terme.
Autre point important : même si vous avez eu une césarienne, la rééducation peut être utile. La grossesse en elle-même met déjà le périnée à l’épreuve. Donc non, ce n’est pas réservé uniquement aux accouchements par voie basse.
Quand commencer la rééducation du périnée ?
En général, la rééducation du périnée débute après la visite postnatale, souvent autour de 6 à 8 semaines après l’accouchement. Le bon timing dépend de votre récupération, de votre accouchement et de l’avis du professionnel de santé qui vous suit.
Il ne faut pas se précipiter non plus. Le corps a besoin d’un minimum de temps pour cicatriser, retrouver ses repères et diminuer les douleurs éventuelles. Si vous avez eu une déchirure, une épisiotomie ou des suites de couches un peu compliquées, la reprise peut être adaptée à votre situation.
En pratique, retenez surtout ceci :
- on commence quand le corps est prêt, pas avant ;
- on ne force pas sur un périnée douloureux ;
- on parle des symptômes, même s’ils vous semblent “pas assez graves” ;
- on ne compare pas sa récupération à celle de la voisine, de la belle-sœur ou de l’amie qui “a tout retrouvé en deux semaines”.
Chaque post-partum est différent. Et franchement, il y a déjà assez de choses à gérer avec un nouveau-né pour ajouter la compétition des récupérations express.
Qui prescrit et qui réalise la rééducation ?
La rééducation du périnée est généralement prescrite par le médecin ou la sage-femme dans le cadre du suivi postnatal. Elle peut ensuite être réalisée par une sage-femme ou un kinésithérapeute formé à cette prise en charge.
Les deux professions peuvent être très compétentes. L’important est surtout de choisir quelqu’un avec qui vous vous sentez à l’aise, écoutée et bien guidée. Pendant ces séances, on parle parfois de sujets très intimes. Il faut donc pouvoir poser ses questions sans gêne.
Si vous hésitez, demandez simplement :
- comment se déroulent les séances ;
- si la pratique est manuelle, avec sonde ou avec exercices ;
- combien de séances sont prévues ;
- si des exercices à faire à la maison sont recommandés.
Comment se déroulent les séances ?
Beaucoup de futures mamans imaginent quelque chose de très technique, voire un peu intimidant. En réalité, les séances sont souvent très pédagogiques. Le but n’est pas de “faire mal” ni de pousser à bout, mais d’apprendre à mieux sentir son périnée et à le rééduquer en douceur.
Selon votre situation, le professionnel peut utiliser plusieurs approches :
- des explications et exercices pour comprendre les muscles du périnée ;
- du travail manuel, avec contractions guidées ;
- une sonde vaginale dans certains cas, si cela est indiqué ;
- des exercices respiratoires et de gainage adapté ;
- des conseils pour le quotidien : porter bébé, se relever, tousser, reprendre le sport.
Le plus souvent, on apprend à contracter puis relâcher correctement. Cela paraît simple, mais beaucoup de femmes contractent mal au début. Soit elles serrent les fesses, soit elles bloquent le souffle, soit elles poussent au lieu de remonter. Rien d’étonnant : personne ne nous apprend ça à l’école.
Un bon suivi permet justement d’éviter les mauvaises habitudes et de progresser sans s’épuiser.
Les erreurs fréquentes à éviter
La rééducation du périnée fonctionne mieux quand on évite quelques pièges classiques. Le premier, c’est d’attendre trop longtemps parce qu’on se dit que “ça va passer”. Parfois, oui. Mais parfois non. Et plus on laisse traîner, plus les symptômes peuvent s’installer.
Deuxième erreur : faire des exercices au hasard trouvés sur internet. Tous les “exercices périnée” ne conviennent pas à tout le monde. Un périnée trop tendu ne se travaille pas comme un périnée trop relâché. Il faut donc une prise en charge adaptée.
Troisième erreur : reprendre le sport trop vite. Les abdos intenses, la course ou les sauts ne sont pas toujours compatibles avec un périnée encore fragile. Même si l’envie de “se remettre en forme” est forte, mieux vaut reprendre progressivement.
Quatrième erreur : négliger les symptômes. Quelques fuites urinaires ne sont pas “normales parce qu’on a accouché”. Elles sont fréquentes, oui. Mais fréquentes ne veut pas dire à banaliser.
Quels signes montrent que vous avez besoin d’en parler ?
La rééducation n’est pas réservée aux cas les plus compliqués. Si vous ressentez l’un des signes suivants, parlez-en lors du suivi postnatal :
- fuites quand vous toussez, riez ou portez votre bébé ;
- envie urgente d’uriner très souvent ;
- difficulté à retenir les gaz ;
- douleur au niveau du périnée ou de la cicatrice ;
- sensation de pesanteur dans le vagin ou le bas-ventre ;
- gêne pour reprendre les rapports ;
- impression de ne “plus rien sentir” ou au contraire d’être toujours contractée.
Et même sans symptôme évident, la rééducation peut rester utile en prévention, surtout si l’accouchement a été long, instrumental, ou si vous avez eu un bébé assez grand.
Que peut-on faire à la maison entre les séances ?
Les séances sont importantes, mais le quotidien compte tout autant. Le but n’est pas de faire vingt minutes de gym intime en ayant le bébé dans les bras et le repas sur le feu. L’idée est plutôt d’adopter de petits réflexes utiles.
Voici quelques repères simples :
- soufflez quand vous portez une charge, bébé compris ;
- évitez de bloquer votre respiration en soulevant ;
- sevez-vous du côté plutôt que de pousser droit vers l’avant si vous avez des douleurs ;
- essayez de garder une posture détendue, sans rentrer le ventre en permanence ;
- buvez suffisamment pour éviter de forcer à la toilette ;
- marchez un peu chaque jour si votre état le permet.
Le vrai objectif, c’est d’intégrer des gestes protecteurs dans la vie de tous les jours. Le périnée se fatigue parfois sur des choses très ordinaires : porter le cosy, pousser la poussette en montée, courir après l’aîné, éternuer sans pouvoir se retenir. Donc mieux vaut l’épargner un peu partout, pas seulement pendant les exercices.
Et pour la reprise du sport ?
C’est une question qui revient souvent. Beaucoup de jeunes mamans veulent reprendre vite le sport, soit pour se sentir mieux, soit pour retrouver de l’énergie, soit simplement parce qu’elles aiment ça. C’est légitime. Mais la reprise doit être progressive et adaptée à l’état du périnée.
Avant les sports à impact, il est souvent recommandé de vérifier que :
- vous n’avez pas de fuites ;
- vous ne ressentez pas de lourdeur pelvienne ;
- la contraction du périnée est correcte ;
- vous avez retrouvé une bonne gestion de la respiration et de la poussée abdominale.
La marche, le vélo doux ou certains exercices de renforcement léger peuvent être repris plus tôt, selon votre récupération. En revanche, la course, les sauts, le crossfit ou les abdos mal adaptés peuvent attendre un peu. Ce n’est pas une punition. C’est juste une façon de protéger votre corps pour éviter d’aggraver un souci silencieux.
Rééducation du périnée : ce qu’il faut retenir au quotidien
La rééducation du périnée, ce n’est pas un petit bonus qu’on fait “si on a le temps”. C’est une vraie étape du post-partum, au même titre que le repos, l’alimentation, le suivi médical et le soutien émotionnel.
Elle aide à retrouver du confort, à prévenir les fuites, à reprendre le sport dans de bonnes conditions et à se réapproprier son corps après la grossesse. Elle se fait en douceur, à votre rythme, avec un professionnel qui vous guide et vous rassure.
Si vous ne savez pas si vous en avez besoin, la réponse est simple : posez la question lors du suivi postnatal. Quelques minutes de discussion peuvent vous éviter des mois de gêne. Et si vous avez déjà des symptômes, n’attendez pas qu’ils s’installent davantage. Le plus tôt est souvent le mieux.
Après tout, votre périnée a travaillé pendant neuf mois, puis le jour de l’accouchement. Il mérite bien un peu d’attention, non ?
